Le Sondage
Une tragédie contemporaine

Auteur : Gauthier Dupont
Format : 148.5 x 210 mm (A5)
Nombre de pages : 96
Prix France : 9,50 €
ISBN : 978-3-9826371-2-9
Juin 2026
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La pièce de théâtre Le Sondage s’inspire, à la limite du plagiat, de l’une des dernières tragédies grecques de Sophocle, Œdipe à Colone, représentée pour la première fois de manière posthume en 401 av. J.-C. La structure, le style, les dialogues et même la mise en scène reflètent fidèlement ceux de la traduction française Théâtre de Sophocle, Tome premier établie par M. de Rochefort de l’Académie Royale des Inscriptions & des Belles-Lettres et publiée à Paris chez Nyon l’aîné & Fils, Libraires, rue du Jardinet en 1788.
Les pièces Œdipe Roi, Œdipe À Colone et Antigone ne forment pas à proprement parler une trilogie, parce qu’elles ont été composées et jouées dans le désordre et à des époques relativement éloignées les unes des autres. Les dramaturges s’accordent pourtant sur l’intention de Sophocle de proposer une saga, comme bien des passages le font entendre.
Le Sondage constitue donc la suite logique de la précédente pièce de l’auteur, Le Rapport, inspirée de Œdipe Roi et écrite dans le même esprit. Toutes deux explorent des problématiques contemporaines. Tandis que la première observait la réaction de la société face aux dérèglements climatiques, la présente tragédie met en lumière la vacuité et la nuisibilité des enjeux de pouvoir, la simple annonce d’un sondage entraînant les protagonistes dans un engrenage dramatique et pathétique. Cette rencontre entre style classique et thématique moderne insuffle une dimension tragique surprenante à ces deux œuvres.
Nous vivons une époque promise à un douloureux avenir, social, économique, environnemental et politique. Certaines Cassandres prédisent l’effritement de la démocratie, déjà toute relative, les puissants s’arrogeant les pleins pouvoirs aux dépens d’une population soumise aux dictats du marché qui abrutit nos esprits pour davantage exploiter nos corps. D’autres anticipent l’extrême droite à la tête de l’État ou le blocage des institutions faute de consensus entre les divers courants politiques. Les bienfaits escomptés de la civilisation occidentale merveilleusement libérale et humainement juste s’évaporent à l’horizon du profit. L’avenir n’est plus aussi désirable. Nos enfants vivront moins bien que nous, si rien ne change. Nous le savons tous, pourtant trop peu s’activent pour éviter cet avenir dystopique. Les générations contemporaines peuvent se prévaloir du privilège de préparer une des plus grandes tragédies de l’humanité.
La perspective de ce funeste sort ébranle la confiance placée dans le progrès social par le travail. Peu croient encore en un monde meilleur qui émanerait naturellement de la croissance économique ; une tendance que la sombre période de la Covid a vraisemblablement accélérée, instaurant par là même un tournant sociétal majeur.
La résignation n’accable cependant pas tout le monde. Certains et certaines se soulèvent contre cette triste conjecture, dans la droite lignée des révolutionnaires de tous bords qui les ont précédés dans la lutte contre le systèmeen place. Mais l’histoire de l’humanité a malheureusement démontré que les forces réactionnaires, non seulement disposent de plus de moyens, mais sont également prêtes, afin de défendre leurs privilèges, à plus de radicalité, tant dans le discours que dans l’action, et ce d’autant plus qu’elles se sentent minoritaires. Les Gilets jaunes peuvent amèrement en témoigner. Aucune tentative révolutionnaire récente n’a réussi à sérieusement ébranler les institutions au service du capital.
Chaque mouvement séditieux dénonce la tragédie particulière de son temps. Mais tous se lèvent contre un même mal, celui du système socio-économique en place dont les dirigeants et les idéologues ne voient pas, ou refusent de voir, l’impasse dans laquelle il s’égare de lui-même. Et malheureusement, la réponse des élites est toujours la même : le déni par la défense coûte que coûte du statu quo. À croire que la cécité politique croît proportionnellement au confort, compris comme l’usure de la pensée par l’accumulation de richesse et de pouvoir. Pour nos générations contemporaines, c’est la sauvegarde à tout prix des privilèges exorbitants de quelques grands capitalistes qui précipite le monde occidental dans une incertitude alarmante quant à la survie de l’idée même de démocratie.
Le pouvoir rendrait aveugle, pourrait-on également en conclure. Aveugle à l’appauvrissement de larges pans de la population, surtout parmi les travailleurs – et sourd aux alertes des experts, pour le moins à celles qui s’opposent trop ouvertement aux intérêts de la classe dominante. Qui d’autre alors qu’Œdipe pourrait nous inspirer ? Lui qui ne vit mieux les conséquences désastreuses de son ambition et de son orgueil que lorsqu’il sacrifia ses yeux.
Remarque de l’éditeur : l’auteur a conservé à l’identique un peu plus de la moitié du texte original de la pièce Œdipe à Colone (surligné en gris), alors que l’intrigue explore un sujet d’actualité, preuve s’il en est, de l’intemporalité de la tragédie dans les sociétés humaines.