Une tragédie contemporaine

Le Rapport - couverture

Auteur : Gauthier Dupont
Publié en mars 2025
ISBN : 978-3-9826371-0-5
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La pièce de théâtre Le Rapport s’inspire, à la limite du plagiat, de la tragédie Œdipe roi de Sophocle, composée et représentée entre 430 et 420 av. J.-C. La structure, le style, les dialogues et même la mise en scène reflètent fidèlement ceux de la traduction française établie par Alphonse Dain (1896-1964) et Paul Mazon (1874-1955), et publiée par la société d’édition Les Belles Lettres en 1958. Elle explore cependant une problématique contemporaine, celle de la réaction de la société face aux dérèglements climatiques. Cette rencontre entre style classique et thématique moderne insuffle une dimension tragique surprenante à cette œuvre originale.

Nous vivons une époque promise à un avenir douloureux, socialement et environnementalement. Certaines Cassandres prédisent la fonte irrépressible des glaciers, la pollution incontrôlable des sols et des rivières, la chute inexorable de la biodiversité, la montée des eaux et la fureur de plus en plus fréquente des éléments atmosphériques. D’autres anticipent des crises économiques et sociales à répétition qui useront nos corps et nos esprits. Les bienfaits escomptés de la civilisation occidentale technologiquement merveilleuse et humainement juste se sont évaporés à l’horizon des limites planétaires, laissant la place à des ombres financières inquiétantes. L’avenir n’est plus aussi attirant. Nos enfants vivront moins bien que nous, si rien ne change. Nous le savons tous, pourtant trop peu s’activent pour éviter cet avenir dystopique. Les générations contemporaines peuvent se prévaloir du privilège de vivre la plus grande tragédie de l’Humanité.

La révélation de ce sort funeste a remplacé dans les esprits des jeunes, particulièrement depuis le tournant du millénaire, l’espoir du progrès par l’anxiété écologique, instaurant par là même un conflit insolite de générations. Certains se soulèvent contre ce sombre destin. Ce n’est évidemment pas la première fois dans l’histoire de l’humanité que la jeunesse conteste l’autorité de ses pères – rarement de ses mères. Antigone qui désobéit à Créon[1] peut en témoigner, ainsi que les jeunes de familles nobles romaines ruinées que Catilina[2] instrumentalisa habilement ou les étudiants révoltés de 1968 rejetant le patriarcat et toute autorité arbitraire.

Chacun de ces mouvements dénonçait la tragédie particulière de son temps. Mais tous se sont levés contre un même mal, celui du système socio-économique en place dont les dirigeants et les idéologues ne voient pas, ou refusent de voir, l’impasse dans laquelle il s’égare de lui-même. Et malheureusement, la réponse des « adultes responsables » est toujours la même : le déni par la défense du statu quo. À croire que la cécité politique est en effet liée à l’âge, compris comme l’usure de la pensée au fil de l’expérience. Pour nos générations contemporaines, c’est la course effrénée de la croissance économique sans fin qui nous précipite dans une incertitude alarmante quant à la survie même de notre espèce sur cette planète.

Le pouvoir rendrait aveugle, pourrait-on également en conclure. Aveugle aux événements climatiques préoccupants et potentiellement dévastateurs qui nous menacent – et sourd aux alertes des experts, pour le moins à celles qui s’opposent trop ouvertement aux intérêts économiques. Qui d’autre alors qu’Œdipe pourrait nous inspirer ? Lui qui ne vit que mieux les conséquences désastreuses de son ambition et de son orgueil que lorsqu’il sacrifia ses yeux.

Remarque de l’éditeur : l’auteur a conservé à l’identique près de 40% du texte original de la pièce Œdipe Roi (surligné en gris), alors que l’intrigue explore un sujet d’actualité, preuve s’il en est de l’intemporalité de la tragédie dans les sociétés humaines.


[1] Lire la tragédie grecque Antigone de Sophocle.

[2] Lire Les Catilinaires de Cicéron.